TOURS - VENDÔME - PARIS
COMMISSAIRES - PRISEURS
EXPERT PRÈS LA COUR D'APPEL
"QUE VALENT VOS TRÉSORS ?" DANS LA NOUVELLE RÉPUBLIQUE
Chaque samedi dans la Nouvelle République du Loir-et-Cher Philippe et Aymeric ROUILLAC, commissaires-priseurs à Vendôme, expertisent gratuitement des objets envoyés par des lecteurs à la rédaction du journal.

Retrouvez ici les archives de la rubrique "Que valent vos Trésors ?" :


11/05/2013
LA VALEUR TRAVAIL

Nombreuses furent les récompenses au XIXè et début XXè siècles qui encourageaient, félicitaient enfants, travailleurs des villes et des champs, employés, responsables tout au long de leur vie. Remise du dictionnaire Larousse sanctionnant l’obtention du brevet, coupe en argent pour les plus hautes récompensent des comices agricoles, flots de rubans et médailles pour tous et toutes. L’effort, le travail, l’opiniâtreté étaient des vertus fidélisées à travers hommages, souvenirs, diplômes, photos et discours…et bronzes !

Le bronze d’Andrée D. en est une brillante illustration : un travailleur en pleine activité. Cheveux crépus, vêtu d’un simple pagne, pieds nus, en pleine action avec une pelle qu’il s’apprête à relever. Malheureusement on ne peut distinctement apprécier le contenu de la pelle qui nous aurait donné une indication du labeur, du métier : mineur pelletant ? c’est probable. Ne connaissant pas de discipline sportive avec un tel accessoire, l’hypothèse d’un athlète ne semble, pas pouvoir être retenue. Par contre aucun doute sur la matière, le bronze : matière noble et coûteuse, à belle patine dite antique faisant jouer la lumière sur les muscles saillants et l’anatomie avantageuse de notre sujet. Ses veines sont d’un réalisme frappant, le geste est sûr et juste, le sculpteur a bien étudié son modèle, et la pose est sans sensiblerie ou misérabilisme : il travaille dur et avec concentration. Une indication nous est donnée du fondeur : Barbedienne Ce grand et célèbre faiseur du XIXè siècle installé à Paris, multiplia les bronzes dits d’édition, par le procédé de reproduction Colas. Pour répondre à une demande grandissante, le même sujet était disponible en différents tailles. Notre statue ne comporte pas de signature d’artiste, mais seulement « Barbedienne », qui confirme que le fondeur éditeur l’emporte sur le créateur. L’importance donnée au sculpteur est souvent ainsi limité, et les catalogues Barbedienne sont classés non par ordre alphabétique d’auteurs mais de sujets ! Le travail représenté par un travailleur-artiste anonyme…Le premier propriétaire de notre statue fut Gaston Cherfils ; offerte le 26 juin 1927 à Paris en sa qualité de directeur des Établissements Leblanc. Objet de piété familiale, ses descendants conservent parallèlement, le diplôme et la médaille de reconnaissance.

De belle dimension, près de 50 cm de hauteur, présenté sur une élégante terrasse de granit noir, en bon état de conservation, notre bronze peut être estimé à 1.500/2.000 € en vente aux enchères, et plus si on connaissait l’artiste… Dubois ? ou Dalou ? dont une exposition se tient présentement au Musée du Petit Palais à Paris. Peut-être le reconnaitrez-vous parmi les 400 pièces des Dalou exposées ? Prétexte de découverte ou de redécouvertes de ce musée méconnu, mais fabuleux !

Rouillac
04/05/2013
AU-DELÀ DU MIROIR ...

Catherine, de Ruan, se demande quelle peut être la valeur et l’époque de fabrication d’un grand miroir. Philippe Rouillac, commissaire-priseur, répond à sa demande.

Tel Narcisse contemplant son reflet dans les eaux, nous plongeons dans ce miroir. De belles dimensions, 110 x 140 cm, il se destine au-dessus de la cheminée ou de la commode d’un salon. Sa forme rectangulaire, classique et sévère, est adoucie par une ornementation tout en mouvements. Plusieurs registres de frises alternent d’élégantes coquilles et des branchages enlacés nommés « rinceaux ». Des baguettes moulurées encadrent ces éléments pour mieux les mettre en valeur. La structure est en bois, le plus souvent du hêtre. Il est d’abord mouluré, puis sculpté avant de recevoir une couche de stuc, genre de plâtre, enduit à base de chaux. Le voici alors près pour son ultime habillage, la dorure. La glace semble en bon état mais seul un examen physique permettrait de déterminer s’il s’agit d’une glace moderne ou bien d’une glace au mercure. Cette technique, employée dès le XVème siècle, subsiste jusqu’en1850, date de son interdiction. À cause des vapeurs de mercure, les artisans miroitiers ne dépassaient pas les 30 ans ! Le besoin qu’a l’homme de se mirer remonte aux âges les plus anciens. Les Égyptiens utilisent le métal, ou certaines pierres sombres comme l’obsidienne, qu’ils polissent pour en faire de petits miroirs. Au Moyen-Age, en Europe, apparait la technique de la plaque de verre appliquée sur une plaque de métal poli. Au XVème et le XVIème siècle, c’est l’âge d’or des maîtres miroitiers ! Les plus célèbres sont les artisans de Venise qui, confinés sur l’île de Murano, améliorent la découverte du miroir étamé et la technique au mercure. Les doges menaçaient de mort quiconque oserait fuir l’île et divulguer ses secrets de fabrication ! Mais inévitablement, ces secrets s’échappèrent et l’Allemagne en fût le premier bénéficiaire. Au début du XVIIème siècle, en France, Colbert ouvre la manufacture française des glaces dont la plus belle œuvre sera la célèbre « Galerie des Glaces de Versailles » conçue par Jules Hardouin-Mansart vers 1680.

Le miroir de notre lectrice ne provient pas de l’illustre Galerie ! Il est cependant de belle facture et date de l’époque de la Restauration, premier tiers du XIXème siècle. Les angles sont un peu fendus, comme c’est le cas pour de nombreux miroirs anciens. Ceci est dû au travail du bois, matériau vivant. Elle est cependant en bon état et seule la datation de la glace elle-même est à confirmer. En vente aux enchères, comptez autour de 500 euros. Une coquette somme pour ce miroir qui à coup sûr n’est pas un miroir aux alouettes !

Rouillac
26/04/2013
MIROIR MON BEAU MIROIR…

Françoise de Mont-près-Chambord nous envoie la photo d’une coiffeuse dont elle souhaite connaître la valeur ainsi que le bois. Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, nous donne son avis.  

La coiffeuse est le meuble féminin par excellence. Son ancêtre, la table de toilette, tient son nom de la fine toile qui la recouvre et accueille le miroir. Au Siècle des Lumières, elle devient un meuble à part entière et surtout, un meuble mondain. Après la « première toilette » qui consiste en un bain ou toilette du corps, la coiffeuse reçoit la « seconde toilette ». Les précieuses y reçoivent même leurs prétendants et l’on dit de ces amoureux qu’ils sont des « piliers de toilette » ! À la fin du XVIIIème siècle, la coiffeuse est reléguée dans le cabinet de toilette, espace plus intime. Le plus souvent, le plateau de la coiffeuse s’ouvre pour découvrir un miroir et deux caissons compartimentés. L’élégante peut y ranger flacons, onguents, nécessaire de coiffure, vinaigres et autres poudres. La façade peut présenter des tiroirs ou de petites tirettes augmentant la surface du plateau. Les pieds sont hauts et traduisent le style d’une époque. Meubles raffinés, de nombreuses coiffeuses affichent un placage de bois exotique comme le bois de rose ou de violette. Les essences les plus rares sont associées pour la création des décors. Comble du luxe, la table de toilette livrée en 1822 pour la duchesse du Berry, belle-fille de Charles X. Un modèle unique en cristal taillé sur une monture de bronze doré, conservé au musée du Louvre.
La coiffeuse de notre lectrice est en placage de bois exotique, probablement du palissandre aux vues de ces fortes veines noires. Elle présente la forme et la disposition classique des coiffeuses anciennes avec son miroir escamotable central et ses différents tiroirs et caissons. Elle adopte le style Louis XV avec ses pieds cambrés et sa traverse mouvementée. Mais qui dit style, ne veut pas nécessairement dire époque ! L’ensemble manque de légèreté. La sculpture de la traverse est trop simple et symétrique. La jonction entre les montants et les pieds est maladroit. Les boutons de tirage, réduits à leur plus simple expression, n’apportent ni mouvement ni lumière au meuble.  
Cette petite coiffeuse est une création du XXème siècle. Les copies anciennes sont aujourd’hui désuètes et leur cote a baissé. Sous réserve d’un examen physique, sa valeur en vente aux enchères serait d’environ 50 €. La coquetterie des jeunes filles, elle, n’a pourtant pas diminué !

Rouillac
19/04/2013
VOYAGE EN GRÈCE ANTIQUE

Cette semaine, Annick, de Blois, sollicite l’œil expert de Maître Philippe Rouillac, commissaire-priseur, au sujet de deux volumes anciens.

« Parlez-moy, divine Muse, de la sagesse de ce Héros, qui après avoir pris la superbe Troye, erra de Ville en Ville, et connût les Coutumes différentes de tant de Peuples. ». Ainsi commence le récit du long voyage du héros Ulysse, « L’Odyssée ». Cette aventure des temps anciens nous est contée par le poète Homère, le plus célèbres et le plus populaire des auteurs grecs de l’Antiquité. Lequel d’entre nous n’a-t-il pas déchiffré, sur les bancs de l’école, l’épopée d’Ulysse ? Le héros, connu pour son intelligence, revient de la guerre de Troie, contée dans l’autre grand poème homérique « L’Illiade ». Il ère pendant dix longues années avec ses compagnons avant de retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque. Son parcours est semé d’embûches. Il rencontre notamment le cyclope anthropophage Polyphème, la magicienne Circé qui transforme ses comparses en cochons ou encore les sirènes qui tentent de les perdre grâce à leurs voies envoûtantes. C’est par la ruse qu’Ulysse survit à ces aventures et déjouent les pièges tendus par les dieux et les hommes.

La page de grand titre nous indique que l’ouvrage a été imprimé à Paris par Claude Barbin en 1681. Sous la date est mentionné « Avec Privilège du Roy ». Nous sommes en 1681, en plein règne du Roi Soleil. Ce privilège donne l’exclusivité d’impression et de commercialisation du livre à l’imprimeur sur une période de dix ans. La première page présente une petite gravure, appelée « bandeau », représentant Zeus et Héra couronnant le buste d’Ulysse. La première lettre du texte est grossie et ornée de feuillages, c’est la « lettrine ». Au fil des pages feutrées, Ulysse nous entraine dans son incroyable périple. Le vieux français du XVIIème siècle est d’usage pour cette édition. Il ajoute un charme certain à la lecture et nous plonge dans l’histoire de la linguistique française. Nous devons cette traduction du grec à Achille de la Valterie qui transcrit l’Odyssée en deux tomes.

Ces deux petits ouvrages sont anciens et ce sont des « classiques » de la littérature. Malheureusement, l’état de leur reliure est très mauvais. Dans le domaine du livre, ce type d’altération retire au moins deux tiers de sa valeur à l’ouvrage. En vente publique, comptez environ 40 euros pour ces deux volumes. Un petit prix pour grand voyage ! Mais, comme le dit Homère lui-même dans ce récit « Petite aumône, Grande joie » !

Rouillac
12/04/2013
L’ARMOIRE AUX MARQUES MYSTÉRIEUSES

Liliane, de Naveil, nous envoie aujourd’hui la photo d’une armoire. Elle souhaite en savoir plus sur son ornementation. Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, nous donne son avis.  

Hiératisme, monumentalité, sobriété. L’armoire de Liliane adopte les mêmes caractéristiques qu’un temple grec antique ! Hiératique, par ses lignes parfaitement droites et ses pieds cylindriques, qui prolongent les montants du meuble et lui confère force et stabilité. Monumentale, par ses dimensions (la corniche affleure le plafond de notre lectrice) et par ces montants adoptant la forme de demi-colonnes, en référence au répertoire architectural classique. Et enfin, sobre par son décor se résumant à de simples moulures ainsi qu’à une ornementation de bronze doré au combien discrète ! Ces petits éléments de bronze figurent les chapiteaux et les bases des demi-colonnes. Ils sont finement ciselés de tors et feuilles d’acanthe stylisées. Ces motifs, courant dans le répertoire ornemental classique, nous viennent de l’Antiquité. Telle une parure de bijoux, les bronzes apportent de l’élégance et une pointe de richesse au meuble. Leur éclat capte l’œil et égaie l’ensemble. Cette armoire, bien simple en apparence, est un travail soigné. L’ébéniste a choisi un décor épuré : pas de sculptures mouvementées et profondes, pas de moulures saillantes ni de grandes pièces de bronze éclatant. Cependant, il prend le parti de jouer avec les qualités et les défauts intrinsèques du bois, ici un bois fruitier clair comme le merisier ou le poirier. Notre lectrice nous décrit deux « marques géométriques »  se situant au centre des traverses hautes et basses de son armoire. Il s’agit d’un défaut dans la croissance de l’arbre, une torsion ou une rupture de ses fibres. Un joli défaut à l’effet visuel très décoratif et que l’on peut dédoubler dans l’épaisseur d’une planche. Ici, ces deux motifs abstraits, œuvres d’art de la nature, se répondent symétriquement. Leur forme, comme celle d’un cartouche, remplace un décor artificiel. En marqueterie, ces particularités du bois sont exploitées pour créer des décors parfois très complexes tel que le frisage ou encore l’incrustation. Les plus grands ébénistes s’y sont essayés avec succès. De Boulle à Riesener…ou comment faire d’un défaut la plus belle des qualités !  

L’armoire de Liliane est un travail du XIXème siècle, probablement vers 1830 à la fin de la Restauration. Son état semble très bon. Sous réserve d’un examen physique, sa valeur en vente publique serait d’environ 300 €. Un prix bien petit pour un si grand ouvrage. Hélas ! Les goûts changent et les grands meubles ne trouvent plus leur place dans nos intérieurs citadins. Leur taille, avantage au XIXème siècle,…serait-elle devenue un défaut ?

Rouillac
<1>  2  3  4  5  6  7  ...


Vous avez un objet à proposer à notre expert : envoyez-nous ce que vous connaissez sur celui-ci, ainsi qu'une (ou plusieurs) photo en format .jpeg (si possible d'un poids compris entre 250 et 500 ko) sur la boîte mail :
tresors41@nrco.fr.

Vos coordonnées complètes sont indispensables, même si vous pouvez demander l'anonymat en cas de publication.

Retrouvez en ligne

le reportage de France 3 :

"Maître Rouillac,

Le magicien des enchères"


cliquez sur l'image pour lancer la vidéo