Albert, à Villefrancoeur, demande à Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, d’expertiser « un meuble bas en acajou des années 60/70 comprenant une radio et un tourne disque 78/45/33/16 T en état de marche. »
Si vous avez eu 20 ans dans les années 1960, que vous avez découvert Johnny au milieu de 200.000 autres fans lors d’un concert place de la Nation, que vous étiez abonné à « Salut les copains » ou que vous gardez un souvenir ému de vos blazers et pantalons serrés d’alors, il y a de bonnes chances que le meuble de notre lecteur ne vous soit pas inconnu. A l’heure de la musique « MP3 » et des « rave party », cet appareil semble forcément venir, sinon d’une autre planète, du moins d’une autre époque. C’est pourtant le summum de la technologie allemande : un meuble stéréo Grundig !
Depuis la création de sa première radio en 1946, Max Grundig n’a eu de cesse d’innover tous azimuts. Ce meuble stéréo de grand luxe en bois exotique était vendu en 1965 plus de 1.000 Francs, soit l’équivalent de deux SMIC ! C’était un objet destiné aux grands mélomanes… et à leurs enfants lorsque la voie était libre le week-end. Les haut-parleurs sont incorporés dans le caisson du bas, et la sélection des radios s’allume pour changer de station dans l’obscurité. Le tourne-disque lit des vinyles de tous types : des45 tours jusqu’aux 33 tours, en passant par les formats moins classiques 78 et 16 tours / minutes. Un deuxième emplacement à gauche permet de ranger les disques à plat ou bien, pourquoi pas, d’installer un deuxième tourne-disque et transformer le salon familial en club de nuit. A nous deux Claude François !
Ce meuble stéréo est lancé lors de l’apparition des postes radio à transistors. Il espère ainsi imposer un son stéréo quasi parfait pour freiner le développement des transistors à bas coût. Peine perdue. Dans les années 1980, le CD remplace le vinyle, reléguant notre meuble dans la catégorie des objets de collection. Le ratio de valorisation ajusté sur deux SMIC n’est malheureusement plus de cours aujourd’hui. Il faut au contraire diviser le SMIC par cinq voir par dix pour obtenir la valeur de ce meuble aux enchères : soit environ 100 à 200 euros. En conseil, repassez pour le réveillon vos vieux disques sur cet appareil. Et si la jeune génération s’en mêle, sachez que même la chanteuse Lady Gaga sort certains de ses nouveaux titres sur vinyle pour le seul plaisir de la qualité d’un son à l’ancienne… Bonne Année les Yéyés !!!

Cette semaine, Catherine nous fait parvenir les photos d’une salle à manger, dans sa famille depuis quatre générations. Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, nous conte l’histoire d’un mobilier oublié.
Grand siècle du pastiche, le XIXème n’a cessé de revisiter les œuvres des époques passées. Il est d’usage, du dédale de nos brocantes jusqu’aux galeries feutrées des antiquaires, de qualifier certains meubles XIXème de «copies» et de les rejeter au rang de mobilier subalterne. Mais, ne soyons pas trop prompt à juger ces créations et rappelons-nous qu’aucun style n’est né spontanément. Cette période a été le témoin d’un véritable engouement de la bourgeoisie pour le style dit Henri II et ce fût pour cette population une façon de s’approprier un peu d’historicité. Les ébénistes renouent alors avec le style de la Seconde Renaissance diffusé par Henri II. Ce style est empreint d’influences antiques et italiennes, véhiculées par les Médicis. Nous retrouvons ainsi, ornant ces meubles de famille, les mêmes feuillages et mascarons qui peuplaient déjà les temples grecs.
Cette salle à manger en noyer est typiquement du style Henri II. La table est rectangulaire, rarement ronde. Les chaises qui l’entourent ont des dossiers « bandeaux » soulignés par de petites toupies, rappelant celles du buffet qui, comme son modèle du XVIème siècle, est un meuble d’apparat. Il est conçu comme un écrin pour la vaisselle et les bibelots de qualité avec ses divers compartiments et son porte-assiette. Le meuble en lui-même tient du spectaculaire. Notez l’importance des sculptures, et notamment des têtes grimaçantes d’homme et de lion, qui ornent les vantaux et avec quelle élégance les montants finement tournés se terminent en toupies. Nous pouvons sentir là toute l’influence que l’architecture Renaissance a exercée sur le mobilier. Traditionnellement, un argentier et un carillon viennent compléter les salles à manger Henri II.
Ce travail semble dater du début du XXème. Ce genre de mobilier est courant et passé de mode en France. Le prix de cet ensemble avoisinerait donc les 300 euros, sous réserve d’un examen plus approfondis. Reverrons-nous les beaux jours de ce style royal à bon marché ? La tendance actuelle a fait naître de grandes vocations de restaurateurs amateurs. Pourquoi ne pas peindre de couleurs gaies et claires ces meubles austères pour leurs offrir une seconde vie ?

Aujourd’hui, Filomena Aury, de Fossé, soumet à Maître Aymeric Rouillac un souvenir de voyage ramené d’Italie par ses parents dans les années 1960-1970.
Né du sable et du feu, le verre est un des matériaux les plus anciens utilisés par l’homme. Cette découverte, la plus merveilleuse et la plus utile depuis celle des métaux, comme elle a été définie au XVIIIème siècle, nous fait voyager de l’Égypte Antique à Venise en passant par la France de Colbert. Cette matière solide et transparente est obtenue par la fusion de sable mêlé de chaux et de potasse ou de soude à une température minimale de 1300°C. Les premiers objets artisanaux en verre furent découverts en Égypte. Ils sont datés de 3 000 ans avant notre ère. Façonnés de manière primitive, le verre en fusion était roulé sur un noyau de terre cuite pour former de petits flacons à parfum. Ensuite le verregagne peu à peu le Moyen-Orient, la Méditerranée et enfin Rome.
Il faut attendre le Xème siècle pour que les premiers verriers s'installent à Venise. Séduits par la qualité spécifique du sable de la lagune et des nombreux privilèges qui leurs sont accordés,ces artisans vont développer un savoir-faire jamais égalé et ont ainsi mis au point, après des siècles d'expérimentation un véritable Art du verre. Cette excellence jalousement gardée par la cité des Doges, qui interdisait ainsi à ses verriers de quitter la République, provoque la convoitise de toutes les nations du monde et en particulier du Royaume de France. Colbert parvient, au milieu du XVIIème, à voler le secret du miroir à Venise et crée la manufacture de Saint-Gobain, brisant ainsi le monopole de la Sérénissime et étale son savoir-faire à Versailles, dans la Galerie des Glaces. Malgré le verre de Venise restera toujours synonyme de prestige jusqu’à nos jours. Bien que démocratisée, la production reste de qualité à l’image de ce service à liqueur composé d’une aiguière que l’on apparente à une carafe à haut col, et de six verres à pied en verre visiblement soufflés à la bouche et teintés en rouge. Dorure et applications de pastilles de verre opaque coloré l’enrichissent en lui donnant un goût oriental.
Ce type de production destinée au tourisme est assez courante et se négocie plusieurs centaines d’euros du côté de la plaine du Pô. Sur les bords de Loire, il ne faudra compter qu’en dizaines d’euros, 10-20 €, invitant son propriétaire à le contempler comme un beau souvenir qui chante le Pont des Soupirs.

Cette semaine, Sylviane de Vineuil soumet à Me Philippe Rouillac, commissaire-priseur, une gracieuse statuette en bronze.
N’avons-nous pas tous croisé aux cours de nos promenades au Louvre, dans le jardin des Tuileries, dans les parcs et les galeries de nos châteaux de la Loire ou même dans le salon de nos amis, ces statues à l’antique, aux drapés vaporeux ? Nous les côtoyons depuis toujours, si bien que nous ne les voyons plus. Prenez le temps de vous arrêter sur ces beautés classiques et intemporelles, derrière leur sobriété apparente, vous trouverez la beauté parfaite et pure, telle qu’on l’envisageait il y a plus de vingt siècles. Ce modèle représente une jeune femme vêtue et coiffée à la manière grecque antique, elle porte une amphore et cache une coupe derrière son dos. Elle est traitée à la manière d’une vénus mais ses attributs nous portent à croire qu’il s’agit en réalité d’une vestale, jeune vierge vouée au culte de Vesta, déesse du foyer. Elles veillent sur le feu sacré et sont punies de mort si celui-ci vient à s’éteindre. La destinée tragique de ces jeunes prêtresses a inspiré bien des artistes romantiques dont l’auteur de cette œuvre, Étienne Marin Mélingue (Caen, 1807 - Paris, 1875).
Mélingue est sculpteur, dès son arrivée à Paris, il travaille à la Madeleine, mais il est aussi peintre et comédien. Cet artiste fait partie de la grande famille des sculpteurs du XIXème siècle avec, parmi les figures emblématiques, Rodin ou encore Barye. Le modèle initial de la vestale était en argent et mesurait 47 cm de hauteur, quel trésor ! Les éditions en bronze ont été créées un peu plus tard et en plusieurs exemplaires par le fondeur parisien Lechasseux. Obtenu par l’alliage du cuivre et de l’étain, le bronze reçoit ensuite une patine, ici noire et brune, qui lui donne vie et relief. Le soin des derniers détails appartient à l’artiste qui opère un travail de ciselure sur l’œuvre. Nous observons sur ce modèle un admirable rendu du drapé qui suit de manière très réaliste l’anatomie de la vestale et nous offre l’incroyable sensation de la lourdeur du tissu. Un socle de marbre rose vient magnifier l’ensemble.
Nous ne connaissons pas les dimensions exactes de cette statuette qui semble toutefois avoisiner les 40 cm. Sous réserve d’examen, vous pourrez acquérir une édition de cette vestale à l’amphore pour environ 300 €. Somme modique pour accéder à la grâce perfectionniste des figures de l’Antiquité.

Des « pièces familiales » sont soumises pour expertise par Marie-Claire à notre commissaire-priseur, Aymeric Rouillac.
Souvenez-vous du « Vainqueur au combat de coq » par Alexandre Falguière (1831-1900) expertisé le 23 avril dernier ? Son propriétaire nous fait suivre aujourd’hui les photos des « candélabres qui l’accompagnent, avec un petit poinçon rond marqué Thiébaut Frères ». Ces candélabres qu’on appelle plus exactement flambeaux sont spectaculaires. Ils mesurent 80 centimètres de haut et sont constitués des plus belles matières. Jugez-en par vous-même en les observant de bas en haut. Ils reposent sur un socle de marbre rouge : la couleur impériale pendant l’antiquité. Puis vient une colonne en bronze, bombée comme un œuf, et sculptée en bas-relief d’une ronde de danseurs et de danseuses habillés d’un simple voile. Au sommet s’épanouit un « arbre de lumière », avec six branches en bronze finement ciselé et doré pour accueillir des bougies. Le tout est surmonté d’un petit feu, que vous pouvez certainement découvrir pour accueillir une ultime lumière. Des bobèches de verre protègent le bronze des éventuelles coulées de cire de chaque bougie.
Nous avions évoqué en avril l’influence esthétique de l’antiquité grecque au XIXème siècle. Ces rondes de corps nus sont inspirées des métopes du Parthénon : le grand temple d’Athènes, dont les Anglais ont dérobés les sculptures pour les exposer au British Museum. A cette époque la Grèce n’était pas considérée comme un pays en faillite, mettant en danger la zone euro, mais au contraire comme la source de la culture européenne et de la démocratie… Les temps ont changé !
Il est très probable que ces flambeaux aient également été créés par Falguière, pour accompagner la sculpture du « Vainqueur au combat de coq ». Si tel est le cas, il s’agirait de pièces rarissimes, aussi bien pour les collections publiques que privées. En 1864, l’artiste Falguière confie en effet la fonte du « Combat de coq » à l’artisan Victor Thiébaut. Celui-ci est l’un des grands fondeurs du XIXème siècle. C’est lui par exemple qui réalise la statue de Napoléon Ier, placée au sommet de la colonne Vendôme à Paris ! Devenu aveugle, ses fils poursuivent son entreprise à partir de 1870. Ils signent alors « Thiébaut frères, fondeurs à Paris ». C’est le cas sur ces flambeaux, qui faisaient déjà partie du catalogue de leur père.
Comptez sur une estimation de 2.000 à 3.000 euros pour ces candélabres. Ne les séparez surtout pas de la sculpture du « Vainqueur au combat de coq ». Aux enchères 1+1+1 est très souvent supérieur à trois ! Placés sur la table familiale pour le réveillon, ces flambeaux illumineront un beau moment de partage, en se laissant gagner par la joie de Noël. Vous vous laisserez sûrement aller à la gaieté d’une ronde ou d’une danse !
